Stéphane Derenoncourt, vigneron et consultant, a fait le choix de sortir son nouveau vin à déguster frais en appellation Bordeaux. Et c’est tout sauf un détail. Une cuvée qu’il a voulue accessible, fruitée et identitaire. Entretien avec un homme convaincu que Bordeaux peut faire souffler un vent de fraîcheur avec ses vins rouges.
Pourquoi avoir lancé ce vin rouge, « Le Jus », que vous recommandez de déguster frais ?
Actuellement, à Bordeaux, on est un peu dans une impasse. On ne propose pas toujours les produits qui sont attendus : des vins plus légers, plus digestes, plus frais, moins alcoolisés, moins tanniques. J’ai ainsi voulu répondre à cette demande. Aujourd’hui, les vins de marque sont souvent des ersatz de grands vins, avec des boisés fatigants ou des copeaux.
Avant l’an 2000, Bordeaux avait encore sa place sur toutes les cartes de vins. On aimait la légèreté et la digestibilité de ces « petits » Bordeaux qu’on prenait plaisir à boire au comptoir en sortant du boulot. On observe actuellement une tendance à un retour à ce genre de vins et Bordeaux est sans doute la région la plus apte à en produire. Le terroir calcaire et le climat océanique nous permettent d’obtenir un beau capital de fraîcheur.

Comment avez-vous travaillé ce vin concept ?
J’avais d’abord la volonté d’être dans un exemple vertueux, avec un vigneron partenaire certifié AB, qui permette de communiquer positivement sur Bordeaux. Il s’agit d’un vin de consommation rapide sans mention du millésime. L’assemblage 50 % Cabernet Franc et 50 % Merlot permet d’avoir une belle tension.
Concernant le prix, je pars du principe qu’on ne devrait pas vendre une bouteille de Bordeaux à moins de 10 €. Cela me permet de bien rétribuer le vigneron partenaire en lui soumettant un cahier des charges précis.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce cahier des charges ?
On récolte des raisins en légère sous-maturité phénolique, j’appelle ça des raisins « al dente ». On fait attention de ne pas dépasser les 13°. Sur un millésime difficile comme 2023, le vin est à 12,5°. En cuve, il y a très peu d’extraction, pas de pigeage, de remontage, ni de délestage. L’assemblage se fait en cuve, puis on met en bouteille rapidement, dès mars.
Un mot sur le packaging ?
C’est un packaging engagé, assez esthétique, un peu rock’n’roll mais aussi très identitaire. J’assume complètement de faire un vin de Bordeaux. Pas besoin de mettre une bouteille de Bourgogne. Sur l’habillage, vous ne verrez pas de millésime, pas de mention « élevé en fût de chêne » ou d’accords mets vins avec entrecôte et fromage !
Pour la prochaine mise, je vais rajouter sur la bouteille et sur le carton qu’il faut le boire à 14°C car il s’agit d’un mode culturel encore peu développé.
Quel est votre conseil pour le servir ?
Le respect de cette température de service est primordial. Au-delà de 17°C, le vin perd 40 % de ses qualités. C’est un vin de copains à déguster autour d’un barbecue par exemple. C’est aussi le vin idéal pour ceux qui n’aiment pas le rosé… et il y en a beaucoup !
Pensez-vous faire école avec ce projet auprès des vignerons et négociants bordelais ?
J’ai eu des appels de vignerons, beaucoup de retombées presse et un bon accueil sur les réseaux sociaux. Je n’ai aucun problème à échanger sur le sujet car c’est peut-être une issue pour relancer la consommation de vin rouge de Bordeaux.
C’est important de retravailler le segment plaisir pour avoir une cohérence de gamme qui nous échappe parfois à Bordeaux.
Propos recueillis par Mickaël Rouyer.