Financé par le CIVB, le projet VERTIGO (2017-2023) acquiert des références pour limiter le travail du sol inter-rangs au profit des couverts végétaux et maximiser les services écosystémiques rendus. La gestion des couverts végétaux semés (engrais verts…) et naturels occupe une place centrale dans ce projet. Mais alors, quelle pratique choisir ?
Et comment la mettre en place ? Le Guide DECISOL est un véritable outil d’accompagnement pour réadapter son itinéraire technique vers une gestion plus durable de ses sols selon ses objectifs de production et moyens socio-économiques.
L’enherbement, une solution durable
L’enherbement inter-rangs est une pratique qui s’est largement développée ces dernières années dans le Bordelais, où elle concerne désormais près de 80 % des parcelles.
Le principal frein à une pratique plus généralisée de l’enherbement réside dans la crainte d’une concurrence hydro-azotée excessive, en particulier sur des sols peu fertiles, à faible réserve utile, et pour les vignobles à forte densité de plantation. Des rendements fortement réduits et/ou des moûts carencés en azote assimilable sont les principales dérives redoutées par les viticulteurs.
L’enherbement des inter-rangs est donc très souvent associé à un travail du sol un inter-rang sur deux, et à un herbicide et/ ou travail du sol sous les rangs de manière à limiter les risques de concurrence. Mais le recours régulier au travail du sol et aux herbicides génère de nombreuses problématiques : minéralisation des matières organiques et libération de carbone, diminution de l’activité des vers de terre, augmentation des risques de dégradation des sols (érosion, compaction, lessivage…), blessure des pieds, sélection d’espèces floristiques concurrentielles et/ou résistantes, consommation de carburant associée aux nombreuses interventions, pollution des eaux et des sols…
Dans ce contexte, il est nécessaire de s’orienter vers une gestion plus durable des sols viticoles pour répondre aux enjeux économiques, environnementaux et sociaux de la filière viticole à travers des modalités d’enherbement innovantes.
Des couverts végétaux pour tous les goûts
Un sol protégé par un couvert végétal, c’est la garantie d’un sol en bonne santé et donc une bonne fertilité ! Il existe différents types de couverts.
L’enherbement naturel
Avec 905 espèces recensées soit 20 % de la flore nationale, la diversité floristique des vignes est importante. En viticulture, on retrouve des espèces dont les caractéristiques sont adaptées pour garantir leur survie dans ces systèmes agricoles régulièrement perturbés par l’activité humaine. Les pratiques de gestion des enherbements viticoles dans le Bordelais sélectionnent les espèces annuelles à cycle court et certaines espèces vivaces adaptées aux perturbations telles que les géophytes à bulbes ou à rhizomes et les espèces rampantes ou à rosettes. C’est le couvert le plus répandu au sein du vignoble bordelais. Néanmoins, mal maîtrisé, il peut devenir rapidement concurrentiel pour la vigne. L’identification de la flore présente sur la parcelle est la clé pour mettre en place une stratégie d’entretien adaptée, simple et durable de ce type de couvert.
L’enherbement semé permanent
Si les espèces naturelles ne peuvent être maîtrisées, un enherbement semé permanent est aussi possible. Toutefois, le choix des espèces est crucial afin d’éviter toute concurrence avec la vigne dans certains contextes pédoclimatiques. L’enherbement semé permanent a été très répandu sur les inter-rangs de vigne dans les années 1990-2000. Mis en œuvre avec des graminées pérennes, faciles à implanter et couvrantes, ces dernières se sont révélées bien souvent trop compétitives vis-à-vis de la vigne. Actuellement, des expérimentations sont menées avec des espèces potentiellement peu concurrentielles, notamment des légumineuses pérennes, telles que du trèfle blanc nain, du lotier, du trèfle souterrain dans les inter-rangs mais également sous les rangs.
L’enherbement semé temporaire ou engrais verts
Cette pratique consiste à semer en monoculture ou en mélange des espèces végétales annuelles selon les problématiques agronomiques rencontrées (Image 1). Semé à l’automne (avant ou après vendanges), il est ensuite roulé au printemps pour le restituer au sol sous forme de mulch.

Les engrais verts sont généralement semés un inter-rang sur deux et combinés avec de l’enherbement sur l’autre inter-rang. La couverture du sol via l’engrais pendant la période hivernale protège le sol des intempéries (érosion), favorise l’activité biologique et améliore la porosité du sol. Après destruction, le mulch permet également de limiter le salissement et de fait les interventions pour garder un inter-rang« propre ». Le couvert détruit apporte de la matière organique au sol et permet donc de reconstituer les réserves en humus du sol. Il limite également l’impact des aléas climatiques en conservant une certaine humidité accessible à la vigne en période sèche. Cette pratique offre donc de nombreux bénéfices, et est idéale pour limiter la concurrence que peuvent générer les enherbements naturels.
Une diversité de modalités d’enherbements existe donc mais quelle stratégie choisir ? Comment la mettre en œuvre techniquement sur mon vignoble ? Quelle est la configuration la plus adaptée à mes sols, mon climat, mon itinéraire technique, mon budget ? Quand et comment puis-je mettre en place cette pratique ?
Le guide DECISOL est là pour vous accompagner dans cette démarche.
Un accompagnement simple et personnalisé : le guide DECISOL
Huit années d’expérimentations* et de collaboration avec les viticulteurs partenaires du projet VERTIGO ont permis de cerner les 10 principales problématiques liées à la gestion durable des sols. Elles constituent les fondations de ce guide et ont été synthétisées sous 7 clés d’entrées. Ce guide étant sous format numérique interactif, il vous suffit de cliquer sur la problématique rencontrée sur le menu associé pour être conduit directement vers la fiche en question (Image 2). Une fois que vous avez identifié votre problématique, vous êtes automatiquement renvoyé vers la ou les solutions adaptée(s). Ces fiches problématiques sont toutes structurées de la même manière : une rubrique « C’est quoi ? » pour repartir sur de bonnes bases agronomiques et ainsi comprendre la seconde rubrique intitulée « Comment ? », qui recense les solutions.

Pour répondre à ces problématiques, il existe un panel de solutions agronomiques, telles que la gestion extensive des enherbements naturels, l’adaptation des outils à la nature des sols, le choix des apports d’engrais et/ou d’amendements… Vous pourrez y accéder à partir de la fiche problématique ou bien directement à partir du menu solutions. Elles ont été regroupées sous 8 leviers techniques (Image 3). Certaines solutions sont détaillées de manière plus complète.

En effet, la gestion des engrais verts occupe une place centrale dans le projet VERTIGO, compte tenu de ses nombreux services écosystémiques associés et des risques limités de concurrence (période de repos végétatif de la vigne). Ainsi, le guide détaille la mise en place de cette pratique notamment le choix des espèces (Image 4) mais aussi l’itinéraire technique annuel (préparation du sol, semis, destruction, choix des outils…). De la même manière que pour les problématiques liées à l’inter-rang, vous retrouverez également un volet de solutions explicitant la mise en place de pratiques alternatives de gestion du cavaillon.

Le guide ne s’arrête pas là ! Il vous renvoie également vers une batterie d’outils de diagnostics essentiels, développés par la Chambre d’agriculture de la Gironde : la BOCQS (Boîte à Outils de Caractérisation de la Qualité des Sols) et GARANCE (Guide d’Aide à la Reconnaissance des Adventices en Nouvelle-Aquitaine et Conseils pour la gestion des Enherbements). Ils vous permettront de connaître au mieux les caractéristiques de vos parcelles et d’utiliser le guide de manière efficace.
Besoin de plus de renseignements sur les différentes pratiques proposées ? Tout au long de ce guide, vous trouverez des liens externes utiles. Ces derniers renvoient notamment vers une carte interactive des distributeurs de semences en Gironde et Dordogne ou bien vers du matériel, des vidéos d’auto-construction de semoirs, des aides financières, des formations ou encore du conseil.
Ce guide, simple d’utilisation par son format numérique interactif et à la portée de tous, vous permettra donc de réadapter votre itinéraire technique vers une gestion plus durable de vos sols selon vos problématiques agronomiques et votre système de production.
Véritable outil d’accompagnement, il sera disponible sur le site du Vinopôle Bordeaux Aquitaine à l’automne 2021. Vous pouvez flasher le QR Code ci-après pour l’obtenir en avant-première !

En supplément
Venez assister à la présentation du guide lors :
– du PNDV Tour à Latresne, le 26 octobre (informations et inscription sur le site : https://gironde.chambre-agriculture.fr)
– du Mois de la Bio, le 23 novembre à Courpiac puis le 25 à Monbazillac (informations et inscription à venir sur le site https://gironde.chambre-agriculture.fr)
– Venez perfectionner vos connaissances sur les pratiques de gestion durable du sol lors des formations DECISOL : informations et inscription auprès du service formation (Tél. 05 56 79 64 11 – formation@gironde.chambagri.fr)
– Retrouvez l’ensemble des travaux menés et outils d’aide à la décision élaborés par l’équipe Gestion durable des dols viticoles sur le site du Vinopôle Bordeaux Aquitaine (www.vinopole.com) et sa chaîne Youtube associée.
Équipe Gestion durable des sols viticoles
Pauline Burlier – Suivi technique / Développement des OAD
Loreleï Boechat-Cazenave – Chargée de projets gestion durable des sols
Océane Ricau – Coordination de projets / Transfert
Violette Aurelle – Animation / Expertise flore
Alexis Allard – Suivi technique / Animation
Vinopôle Bordeaux-Aquitaine –
Chambre d’Agriculture de la Gironde
33295 Blanquefort Cedex
Tél. 05 56 35 00 00 – www.vinopole.com
* Travaux menés depuis 2012 dans le cadre du projet « Gestion Intégrée des Adventices et de la Fertilité des sols » (GIAF), avec le soutien financier de FranceAgriMer, de la Région Nouvelle-Aquitaine, du CIVB et de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne.